La fin du monde c’est pour aujourd’hui ou pour demain?

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Au final peu importe, si ce blog est encore lisible en 2013, je laisse le tandem Dufaux et Griffo (Samba Bugatti 1993) s’exprimer à ma place afin de conclure élégamment cette année:

« Quel est le premier qui a dit que la vie ne valait pas la peine d’être vécue? Celui-là ne s’est jamais couché sur un bon divan, un livre à la main. Il n’aimait pas les animaux. Il ne buvait pas. Et il n’écoutait pas Cowboy Junkies reprenant le Sweet Jane de Lou Reed. Des chansons d’un autre temps…du temps d’avant… »

Peu importe ce que vous passez sur la platine ou ce que vous lisez, je vous souhaite en 2013 de belles découvertes. Pour le chienchien, aussi gros, vous n’êtes pas obligés!

Une tête qui n’a pas fini de parler

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Avant la fin du monde, ou plus positivement avant la fin de l’année, je souhaite vous faire part de mon coup de cœur musical incontesté de 2012. Il s’agit du somptueux et innovant  « Love this giant » de David Byrne et Saint Vincent (alias Annie Clark). Si vous avez passé les quarante dernières années sans avoir entendu parler de David Byrne, je pense qu’il vous faut immédiatement combler cette lacune. 1974, en pleine vague punk, il crée les Talking Heads  qui jetteront les bases de la new wave. Son premier album en 1977 , leur assurera un succès planétaire avec le titre « Psychokiller ». Les albums suivants seront produits avec Brian Eno avec qui il co-signera « My life in the bush of ghosts » qui influencera durablement la scène électro. Notez que Radiohead a tiré son nom d’un titre des Talking Heads! Véritable amateur du musique du monde avant la lettre, il crée le label Luaka Bop qui produisit des artistes tels que Zap Mama, Os Mutantes et Tom Zé par exemple. Après une collaboration avec Fatboy Slim en 2010 sur un concept improbable, raconter la vie d’Imelda Marcos sous fond de dance music, il nous a peaufiné ce nouvel album avec Annie Clark, figure montante de la scène New Yorkaise.

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« Love this giant » est un album véritablement écrit en collaboration équilibrée entre ces deux artistes. La conception a duré près de trois ans et a débuté en 2009 sous forme d’échanges réguliers entre David Byrne et Saint Vincent sur les textes et les musiques. La colonne vertébrale du projet est le mariage improbable de brass bands et de rythmiques électroniques. Le résultat est unique et tonique. Les titres s’enchainent soit en duo, soit en solo. La tonalité est chaleureuse et les voix s’accordent avec élégance. Véritable carrefour entre la tradition de la Nouvelle Orléans et la musique contemporaine, cet univers est véritablement avant-gardiste dans l’acceptation la plus enthousiasmante du terme. Nous ne sommes pas ici noyés dans des concepts abscons, mais réellement immergés dans le plaisir immédiat de morceaux parfaitement construits qui font bouger les pieds et amènent le sourire aux lèvres.

Monsieur Byrne continue d’innover et je lui souhaite de nous produire encore beaucoup de jolies choses comme celle ci. Aimons ce géant!

East of Underground: L’enfer dessous

Unique, l’histoire des enregistrements de ce somptueux coffret 3 CD du label DISCOGRAPH. Vous y entendez trois groupes oubliés de l’histoire musicale des 70’s que sont EAST OF UNDERGROUND, SOAP et THE BLACK SEEDS. Plus personne ne se souviens qui étaient les musiciens à l’exception d’un seul guitariste qui lui même ignorait l’existence de ces albums. Incompréhensible me direz-vous ? Mais imaginez, plutôt.

1970 et 1971, la guerre du Vietnam fait rage, le service des spectacles aux armées américaines lance un grand concours musical au sein des compagnies. Les groupes qui remporteront la victoire pourront bénéficier d’une session d’enregistrement en Allemagne de l’Ouest et d’une tournée dans les bases militaires en Europe. La plupart des participants trouvaient là un espoir unique d’échapper à l’enfer de la guerre. La première année deux groupes sont arrivés à égalité, EAST OF UNDERGROUND et SOAP. 1971 fut l’année de la victoire de THE BLACK SEEDS. Ces groupes bénéficièrent donc de séances d’enregistrement en Allemagne mais ignorèrent que des pressages avaient été distribués aux US pour favoriser l’enrôlement de jeunes recrues. Un de ces vyniles  a été retrouvé par hasard en 2007 dans une boutique de disques d’occasion, ce qui a permis de remonter la piste jusqu’à Francfort dans locaux de l’armée américaine basée en Allemagne. Par chance les documents sonores avaient été conservés. C’est donc sous forme de facsimilés des vyniles originaux que vous aurez le plaisir d’écouter ces bandes. La majorité de musiciens enregistrés lors de ces sessions étaient noir. Les bandes sont donc teintées de soul et de funk. La spontanéité de ces inconnus qui mettent toute leur âme dans la musique pour échapper à l’horreur de la guerre est poignante. Pas d’effets spéciaux, pas de remixage sophistiqués, mais une remasterisation très acceptable, vous êtes dans le studio cinquante ans après et vous écoutez ces formations oubliées en vous repassant mentalement les images de « Apocalypse now ».

Voici réellement un très bel objet, qui est agrémentée qui plus est d’une belle reproduction de l’affiche de la tournée.

De la gueule des lions à vos oreilles

Peut-être avez-vous lu l’excellent roman de Cathi UNSWORTH « Le chanteur » chez Rivage Noir? Cathi UNSWORTH, qui a travaillé comme journaliste dans la presse musicale anglaise (Melody Maker, Bizarre, Mojo,…), nous raconte une histoire de groupes new wave post punk des années 80 devenus cultes au fil des ans. Le journaliste du roman qui reconstitue le destin tragique de ces groupes de fiction aurait aussi bien pu raconter l’histoire du groupe britannique The Sound. Les deux premiers albums « Jeopardy » en 1980 et « From the lions mouth » en 1981 ont été réédités pour la plus grande joie des amateurs de cold wave en mars 2012. Musicalement The Sound s’inscrit dans une démarche proche de Joy Division, Echo and the Bunnymen, Siouxsie and the Banshees ou les premiers albums de The Cure. L’album « From the lions mouth » est à mon sens le plus abouti musicalement.

La voix d’Adrian BORLAND le guitariste et chanteur est nimbée des nappes de synthé de Bi MARSHALL. Les textes sont sombres et de grande qualité. Pour s’en convaincre, écoutez-donc « Silent air », vous entendrez cette phrase qui m’est toujours resté en tête »… you show me that silence can speak louder than words ». « New dark age » qui clot l’album est également un grand moment. On y hume un parfum des Feelies.

« Jeopardy » est également très bien mais enregistré beaucoup plus dans l’urgence que « From  the lions mouth ». Moins de sophistication. Sorti en 1980, il reflète l’énergie des groupes l’immédiate époque postpunk . Il recèle également des pépites musicales: « Jeopardy », « I can’t escape myself » et « Resistance » en sont les meilleurs exemples.

Lorsque le label Korova poussa en 1982 le groupe à produire un album plus commercial, le résultat fut tellement calamiteux que The Sound tomba peu à peu dans l’oubli. Adrian BORLAND présentait de plus en plus de signes de fragilité mentale ce qui ne permit pas de relancer la carrière du groupe.

Il reste que ces deux albums, enfin réédités, sont des petits sommets de la New Wave des années 80 et que je vous invite à redécouvrir sans attendre car à mon avis les exemplaires de cd disponibles sont limités.

Pour compléter votre information sur ce groupe mythique, rendez-vous sans attendre à l’adresse suivante: http://www.renascent.co.uk/pagessound/soundhistory.html

Notre musique est rouge avec des éclairs violets

Il ne vous a certainement pas échappé que l’été 2012 est empreinte d’une atmosphère londonienne indéniable. Voici donc ma modeste contribution à l’anglophilie ambiante qui consiste à vous parler de The Creation, groupe des 60’s, dont l’intégrale de l’oeuvre impérissable se retrouve compilée sur un seul CD du label Edsel. Vous avez probablement entendu au gré des compilations « Mod » quelques titres de ce mythique groupe freakbeat. La relative méconnaissance de la discographie de The Creation est liée au fait qu’ils n’ont jamais enregistré d’album complet. Seuls ont été édités à l’époque des 45tours. Nous assistons au fil de ce CD au glissement progressif vers le psychédélisme. The Creation s’inscrivait dans une démarche novatrice à l’époque en provoquant des sessions de Body Painting sur scène, le guitariste Eddie Philips allant même jusqu’à jouer de son intrument avec un archet de violon. Fascinés par Warhol et les artistes de la Factory, The Creation ont certainement raté leur destin commercial. Cependant, au même titre que les Who, ils sont toujours considérés comme des représentants majeurs du swinging London des années 60. Au final, il nous reste à écouter de très bons morceaux d’une énergie rock intacte, une sincérité artistique ludique comme en témoigne le morceau « Painter man » enregistré pour la télévision allemande.

Pour les lecteurs qui souhaitent approfondir un peu le sujet du mouvement Mod, signalons l’ouvrage de référence de Paolo Hewitt « Mod, une anthologie » chez Rivage Rouge.

J’invite également à visiter l’excellent blog de mon ami Yann Viseur « Cornershop, open space ». Yann est un passionné de musique que le son affecte. Il écouta un jour Paul Weller et ne s’en est toujours pas remis. il tient depuis des années un blog musical très actif sur le mouvement des mods (mais pas que…) qui est une référence en France et à l’étranger.

http://www.musiccornershop.blogspot.fr

Allez, ne soyez plus des « tickets », devenez des « faces »!

Il y a des années ou l’on a envie de ne rien faire

Ma découverte musicale du moment (qui est toutefois une référence depuis plus de 40 ans!) est Pierre Barouh.

Cet homme est étonnant. il est considéré comme une star au Japon et au Brésil mais reste très peu médiatisé en France alors qu’il dirige un label musical complètement original et indépendant dont la devise « Il y a des années ou l’on a envie de ne rien faire – les rois du slow-biz » est une véritable invitation à la découverte.

Il a pourtant discrètement et durablement influencé l’évolution de la chanson française de ces dernières décennies. L’aventure a commencé avec Claude Lelouch pour lequel il signe la bande son du film « Un homme et une femme ». Pour pallier au manque d’argent de la production, il crée le label Saravah. « Chabadabada » c’est lui. « La bicyclette » d’Yves Montand et « Les ronds dans l’eau » de Françoise Hardy ,il en est également le compositeur.

En toute modestie, il découvre Jacques Higelin. Il lance la carrière de Brigitte Fontaine et d’Areski Belcacem. le titre « Comme à la radio » est un énorme succès au Japon qui influence de nombreux musiciens japonais. Il est très régulièrement invité là bas comme ambassadeur de la chanson française. Sa politique éditoriale est généreuse. il édite au coup de coeur, sans tenir compte d’impératif économique. Seule l’émotion transmise est importante pour lui et peu importe si les auteurs et interprètes sont reconnus des années plus tard.

Amoureux de musique brésilienne, il débarque à Sao Paulo en 1969 avec une petite caméra pour rencontrer les stars montantes de la Bossa Nova. il en tirera un document, « Saravah », reconnu au Brésil même comme une référence sur ce mouvement musical alors naissant. Pierre Barouh s’est d’ailleurs employé à populariser la Bossa Nova en France dans les années 70 en adaptant les paroles des grands standards pour la scène française.

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Pour découvrir la richesse et l’éclectisme du catalogue Saravah, je vous invite à écouter la double compilation « Les années Saravah 1967-2002 » chez Frémeaux & Associés qui présente un panorama de ce travail d’édition unique et passionnant. Déambulez sans plus attendre sur le site de Pierre Barouh. Peut-être serez-vous comme moi époustouflé par ce que vous y entendrez?

http://www.saravah.fr/pierre-barouh/

Aussi, pour remercier chaleureusement Pierre Barouh de ses belles amitiés, je lui joins ma photo de statue japonaise qui reste sans rien faire depuis des années.

Viles occupations à Tokyo

Mon roman de l’été est sans conteste « Tokyo ville occupée » de David PEACE, édité chez Rivages/Noir.

David PEACE pour ceux qui le découvrent, est un écrivain anglais qui a su s’imposer en une dizaine d’année comme une des plumes les plus incisives du roman noir. Résolument sombre, il a développé un style d’écriture complexe et varié. Radicalement déroutant, il peut, je le conçois, agacer plus d’un lecteur dans sa manière expressionniste d’aborder ses sujets. Mais au final, il nous livre ici un grand récit qui se déroule au travers les témoignages de treize des acteurs d’un drame qui se passe à Tokyo en 1948.  Mais c’est le Japon de la défaite, de la destruction, de la misère et de l’occupation américaine  qui est surtout le sujet central du livre. Une agence bancaire dans un quartier paisible, un homme se prétendant un médecin sanitaire de la ville se présente pour faire absorber aux employés un remède contre le typhus. Le personnel calmement va boire le poison, douze personnes vont périr, et le criminel va s’enfuir après avoir dévalisé la banque. Au travers des témoignages successifs notamment d’une rescapée de l’agence bancaire, d’inspecteurs japonais mis sur l’affaire, d’un lieutenant américain nous découvrons un récit qui dévoile, tel des poupées gigognes, une horreur institutionnelle encore plus effroyable annonciatrice de la guerre froide. Pourquoi l’enquête piétine-t-elle et s’égare sur des fausses pistes ? Où et dans quelles conditions, le pseudo médecin a-t-il mis au point ce plan de braquage ? On est littéralement happé, subjugué et entrainé dans ce purgatoire des années d’après guerre au Japon.

Mais désormais, comme David le sait bien puisqu’il y habite avec sa famille, tout a bien changé. Je lui offre donc une de mes photos de Tokyo ou modernisme et traditions se cotoient.

La reine des abeilles

BELLERUCHE est comme son nom ne l’indique pas, un groupe anglais. Créé en 2005, j’avoue que je viens à peine de découvrir le second album « The Express » qui accapare ma platine la nuit venue. Trio musical a forte tendance Trip Hop, la voix de Kathrin de Boer est exceptionnellement mis en valeur par ses deux acolytes Ricky fabulous à la guitare et DJ Modest aux scratchs. Le résultat est effectivement modeste et fabuleux. Pas de brio musical intempestif, mais des trouvailles musicales sobres qui portent le chant de Kathrin au premier plan de votre espace sonore. Je vous invite sans hésiter à y jeter une oreille voire deux.

Ainsi pour les remercier, je leur dédie à mon tour ma belle ruche.

 

 

La minute nécessaire de Monsieur Cyclop…euh Claaps

Il est toujours utile d’après moi de s’expliquer sur la création de son blog. Car dans le monde virtuel de l’internet il est très difficile de trier les accents de sincérité. Je suis donc très conscient que l’attention du surfeur est une denrée précieuse. Qui se cache derrière tel ou tel pseudo, bien malin qui pourrait deviner à coup sur?

J’imagine donc qu’un futur lecteur se posera ce type de questions sous peine de passer son chemin. Qu’est-ce que cette fumeuse histoire de chaland? Que signifie Claaps? Où veut-il nous emmener?

Pas d’impatience, cher lecteur, je tâche d’y répondre au plus vite.

Le chaland est un bateau de transport de marchandise mais c’est aussi un client. Au final cette idée me convient assez bien. Je suis depuis longtemps attentif aux univers de la musique,  de la BD, du roman, de la photo… Je continue d’écumer les librairies, les rares disquaires et les sites spécialisés de vente par correspondance. Comme tout le monde me direz-vous?

Certainement. Mais c’est son propre univers qu’il est intéressant de partager sans faire étalage d’une pseudo érudition. Ainsi comme le chaland qui achemine la marchandise de port en port, j’espère vous donner modestement l’envie de partager mes enthousiasmes. Chaland est aussi un clin d’œil à Yves du même nom. Vous vous êtes peut-être comme moi précipité chez les marchands de journaux à chaque sortie du magazine Métal Hurlant dans les années 80. Chaque mois, vous guettiez les facéties aigre-douces du jeune Albert dessinées par Chaland. C’est donc un petit hommage personnel à un Humano qui est malheureusement passé trop vite.

Sur Claaps, il n’y a pas grand chose à dire, si ce n’est que c’est une anagramme. Mais cela peut ressembler aussi à l’onomatopée d’un applaudissement.

Embarquez avec moi si vous le souhaitez vers la prochaine escale!

Damiel était là, mais je ne l’ai pas vu

Si l’art de baguenauder est celui de savoir regarder en l’air, il est indéniable qu’il est besoin de soigner son angle de vue.

Vous souvenez-vous peut-être du film de Wim Wenders « Les ailes du désir » où Bruno Ganz interprétait Damiel ?

Il venait se percher sur la colonne de la victoire de Berlin, la Siegessaüle, pour écouter les pensées des humains vaquant à leurs occupations quotidiennes. Les anges sont invisibles et trainent inexorablement leur pesante compassion. J’ai dans la tête les somptueuses images en noir et blanc de Ganz perché sur l’épaule de cette chère Siege. Film esthètiquement très réussi, mais sombre. Je vous la présente donc en couleur et de sous ses jupes. Vous noterez la grâce de la vague éternelle que fait son pli.

La beauté est souvent dans le détail, non?

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